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Traîne-Savates 2026, 32e édition, le récit d’un vétéran.

Après une pause hivernale que d’aucuns diront méritée voire prolongée, le temps est venu de remettre l’ouvrage sur le métier.

Privilégier l’entretien de la base et le foncier, sans intensité durant la saison froide, c’est permettre au corps de récupérer des efforts consentis l’an dernier.

Délaissant la course à pied pour le vélo dès janvier, je me suis forcé à ralentir pour rester dans les intensités de base, Z1 et Z2 de ma FCR (fréquence cardiaque de réserve) soit, selon la méthode de Karvonen, la FC au repos + 50-70% de la FCR (FC max – FC repos), culminant en Z3 (80%) dans les montées, qui, comme chacun le sait, ne manquent pas dans la région nyonnaise.

Préparation hivernale et méthode Karvonen

Si, pour le compétiteur, le but est d’aller le plus vite possible, il s’agit aussi – et en particulier pour le vétéran – de se préserver et surtout, de durer.

Dans le sport de compétition, on a tendance à ne pas trop s’écouter. Le calendrier impose son rythme et le sportif, enthousiaste, enchaîne les courses tout au long de l’année. Cette accumulation des sollicitations biomécaniques, musculaires et articulaires n’est pas sans effets sur le corps humain, positifs et négatifs.

Par la magie de la physiologie, l’activité sportive renforce et développe les capacités humaines. Ce phénomène de surcompensation qui permet la progression passe par l’étape de l’affaiblissement, la fatigue causée par l’activité, avant que le corps ne réagisse positivement via la récupération et réponde aux besoins de l’organisme en renforçant la chaîne des organes concernés.

Au niveau du squelette, le même phénomène est observé, par le binôme ostéoclaste (déconstruction de l’os) – ostéoblaste (reconstruction osseuse), le fameux ‘cal’ que les victimes de fractures connaissent bien. Le médecin du sport dira même que favoriser cette déconstruction est nécessaire, au même titre que le renouvellement des cellules, et qu’aider le corps à sa propre déconstruction c’est mieux stimuler sa reconstruction.

Encore faut-il en être conscient. Certains tissus envoient des signaux plus ou moins marqués. Les courbatures du lendemain sont un signal clair tandis que les micro-lésions sont imperceptibles. Donc traîtres. Ce n’est donc pas parce qu’on ne ressent pas de douleur ou de fatigue que le corps est réparé, surtout avec l’âge. C’est là qu’il faut se méfier de l’apparence des choses et que la trêve hivernale est bienvenue.
D’ailleurs, il est aussi bénéfique pour l’esprit de s’évader et de penser à autre chose, se consacrer à d’autres activités. Anima Sana In Corpore Sano.
C’est donc par sagesse que je sors de ma réserve ce 18 avril 2026, en compétition parlant, à une semaine des 20km de Lausanne.

La course des Traîne-Savates : Le test idéal avant les 20km de Lausanne

Idéalement placée au calendrier, avec un parcours bucolique de 10.3 km sur surfaces mixtes et un relief qui oblige à l’engagement, la course des Traîne-Savates est une course à recommander à tous points de vue, préparation idéale et dernier test avant la grande échéance lausannoise du printemps. Elle a le mérite de permettre de se tester et d’évaluer son niveau de forme. L’expert pourra même de manière quasi infaillible estimer son futur résultat aux 20 kils sur la base de celui obtenu à Cheseaux.

Découverte l’an dernier, pour ma 2e participation cette année – la 32e édition de la course -, je savais à quoi m’attendre, même si l’effort à fournir et la difficulté du parcours étaient sous-estimés, la faute à un souvenir devenu lointain. Sans repères, donc sans objectif ciblé, j’abordais la course au feeling et je me fixais pour but d’améliorer le chrono réalisé l’an dernier, 45:26, soit une allure de 4:24 min/km.

Sans avoir fait ni séries, ni fractionné cette année, je me voyais plutôt diesel, avec du fond, mais dépourvu de vitesse.

Conditions météo et choix de l’équipement

Les conditions venteuses de 2025 et dont je me souviens bien mieux pour avoir lutté contre elles, étaient nettement plus clémentes cette année sous un soleil radieux et une température propice cette fois encore.

Côté équipement, un peu frais en ce matin d’avril pour se mettre en singlet, j’optais pour un shirt léger (que j’avais porté sur marathon) et dont j’apprécie la légèreté et la respirabilité, short idem (celui du marathon), chaussette marathon Bionic, un peu plus épaisses pour éviter l’éventuel inconfort d’un gravillon qui pénétrerait dans la chaussure lors des secteurs non asphaltés et les On Cloudflow4 testées et approuvées toute la saison 2025 depuis les 20km.

Technologie embarquée : Le baptême de la Polar Vantage V3

Côté électronique, la Polar Vantage V3 dont c’était le baptême en compétition et ses capteurs, cardiaque (H10) et de foulée (Stride S3), ont été des sources de distraction plus ou moins bienvenues.

Ce qui est supportable à l’entraînement, l’est nettement moins en course, d’où l’utilité du test à échelle 1:1 qui permet d’effectuer les derniers ajustements.

La technologie importe finalement assez peu lorsqu’il s’agit de courir… pour peu qu’on se connaisse et qu’on ait appris à se laisser guider par les sensations.

La perturbation est surtout venue du fait que j’ai opté pour un affichage intermittent et non permanent. Parfait au quotidien pour consulter l’heure et économiser la batterie, suffisant à l’entraînement… moins en course lorsqu’il faut effectuer le mouvement de consultation du poignet à une allure qui n’a rien de quotidienne.

De fait, l’information est moins évidente à obtenir, et à lire, le bref instant d’attention que j’accorde à la lecture d’une donnée électronique.

Mais les ingénieurs finlandais ont prévu le cas et pris soin de permettre l’affichage permanent par activité sportive (‘Réglages’ au lancement de l’activité > ‘Ecran toujours activé’ > au choix : désactivé, activé pour cette séance, activé pour ce sport).

Du fait du changement de montre, les capteurs ont été associés, une opération qui ne se fait qu’épisodiquement. Sauf que le capteur de foulée Stride S3, porté sur la chaussure, un accéléromètre redoutable de précision par son positionnement, témoin privilégié de la foulée, dépourvu de toute latence lors des accélérations brutales des séries de sprints, apte à renseigner la cadence, la vitesse et la distance par estimation, doit sa précision à son calibrage, opération que j’ai totalement omis de réaliser.

Lancé sur le parcours dont le balisage soigné fait heureusement foi, les données embarquées sont erronées, celles du capteur non calibré l’emportant sur les satellites.

Dans mon malheur tout relatif, la mesure du capteur était inférieure au réel et, pour avoir déjà participé à l’édition précédente, le souvenir du retour à Cheseaux, donc de la fin de course, vent de face, m’offrait des repères quasi intacts.

Récit de course : Sensations et gestion de l’effort

La course proprement dite s’est déroulée selon le plan : un départ placé sans plus pour se mettre bien dans l’allure, le départ en descente s’y prête, la pente n’est pas sévère et invite à l’allonge de la foulée, on déroule en cherchant le relâchement pas l’accélération, placé parmi mes concurrents directs, je me jauge d’emblée à leur contact… si je les suis sans forcer, c’est que je suis dans le coup, sinon c’est que je ne suis pas prêt, mais je suis là pour ça.

A l’entrée des sous-bois, après une portion plane et quelques courbes, la pente commence à s’inverser, premier talus puis un autre… la progression est constante, je redécouvre les sensations… certains de mes congénères sont devant, pas loin, et à l’évidence en très bonne condition, je ne cherche pas à revenir à leur contact, c’est encore trop tôt et je ne suis pas même sûr d’en avoir les moyens.

A mi-course, je suis à hauteur d’un de mes adversaires directs qui m’a mené la vie dure l’an passé, le repère idéal pour moi. Un gobelet d’eau au ravitaillement, une gorgée suffit et un passage d’eau fraîche sur la nuque.

A l’aise en descente, je passe bien les bosses et je relance pourtant pas mal… mon comparse relance mieux et me double. Je n’ai pas eu l’impression de ralentir, mon départ n’était pas trop rapide… Je le battais l’an dernier comme la plupart de ceux que je vois devant et je ne fais pas une mauvaise course… L’opposition est en forme.

Sortie des fourrés, retour à l’asphalte dans une succession de lignes droites et de virages à angles droits (90°). Il reste 2km.

Les places devant sont prises et impossibles à aller chercher. J’entre dans une logique où il s’agit plus de résister aux retours de l’arrière des finishers dont je fais aussi partie, sans en avoir vraiment les moyens actuellement.

Quelques retours sporadiques de catégories plus jeunes, un virage à équerre et une ligne droite le long de la haie plus loin et c’est le dernier virage et la dernière ligne droite.

Le chrono s’arrête à 43:53, soit une allure de 4:15 min/km. 9e place.

Analyse des résultats : une catégorie M50 très dense

C’est en regardant le classement que je découvre la densité de ma catégorie d’âge. La gagne chez les M50, se dispute en 37:44, à une allure de 3:39 min/km et le podium sous les 39′, 38:57 (3:46 min/km).

Les trois premiers, hors de portée, ont creusé un trou important de plus de 4 minutes sur le premier poursuivant à partir duquel 6 coureurs ont franchi la ligne, séparés par 45 secondes seulement.

9e à 45 secondes du 4e est une très bonne entame de saison et montre que malgré l’absence de séries de vitesse, je suis au contact. De très bonne augure pour la suite.


Pour aller plus loin :